Aina, à jamais le premier

Édouard-Georges Rakotoniaina restera à jamais le premier employé à avoir poussé les portes de la société. L’éternel gardien des clés.

« Comme je confonds les couleurs, je faisais régulièrement des erreurs lors des mises en cartons, donc en 2012 la direction m’a transféré en tant qu’agent de sécurité, en attendant de voir ce qu’on pouvait me proposer. Finalement, j’ai gardé cette fonction jusqu’à maintenant », raconte t il, sourire en coin. Car loin de se focaliser sur son cas personnel, ce qui le rend réellement heureux c’est de voir les autres s’épanouir autour de lui. En tant qu’agent de sécurité, le matricule 001 côtoie toutes les strates de la société, du plus simple ouvrier aux plus hauts responsables. « Je suis en relation avec tout le monde, c’est ça qui me plaît », confesse l’indéboulonnable gardien du temple.

Aina n’est pas marseillais. Il est tananarivien pur jus. Mais à l’instar des footballeurs de l’OM, champions d’Europe en 1993, il restera « à jamais le premier » à avoir intégré l’entreprise, tandis que le monde s’apprêtait à basculer dans un autre siècle. Un siècle durant lequel il n’aura au final jamais cessé d’exercer. Officiant aujourd’hui en tant qu’agent de sécurité, il fait partie des rares témoins à avoir assisté de ses yeux à l’émancipation de Raffia Connection. Ces mêmes yeux qui l’ont orienté vers le poste qu’il endosse avec joie depuis une quinzaine d’années.

« Placide et souriant », comme le définit son patron, Aina observe l’entreprise d’un regard bienveillant depuis plus de vingt-cinq ans.

Ces qualités humaines sont aussi celles qui lui ont permis de gagner la confiance de ses employeurs au fil du temps.

Jean-Marie Parthenay se souvient encore très précisément des premiers pas d’Aina chez Kaloes. Qui étaient aussi ses premiers en tant que chef d’entreprise. « Au tout début, nous n’étions pas encore fabriquants, mais juste collecteurs. On avait besoin d’aide pour ranger les paniers, pour les charger ou pour les empaqueter. Et à chaque fois, Aina était là. Il a démarré en tant que manutentionnaire », rembobine le D.G de la boîte, dépeignant le jeune homme qu’il était encore à l’époque comme quelqu’un de « fiable », avant de devenir très vite son « homme de confiance ». « Il a joué à tous les postes et à l’arrivée, il a terminé dans les cages », image son coach attitré, dans un lexique footballistique collant à la peau de son gardien titulaire.


« Il a joué à tous les postes »


D’un naturel « placide et souriant », le petit gars de la banlieue de Tana est rapidement propulsé chef d’équipes. « Je faisais mon job convenablement mais je n’aurais jamais imaginé être encore là vingt-cinq ans plus tard. Je ne m’étais pas projeté jusque-là », avoue sincèrement le papa de deux enfants. À l’approche de la cinquantaine, Aina n’a rien perdu de son entrain et de sa bonhommie, qu’il continue de servir à la louche de façon quotidienne à chaque individu poussant le portail de l’entrée.

Un destin professionnel qui lui ressemble mais dont il ne fait pas une fin en soi. Quand on lui demande s’il a l’intention de poursuivre sa mission jusqu’à la retraite, il y oppose une réponse pleine de sagesse, visière vissée sur la tête. « On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. Mais si on me fait toujours confiance, j’irai jusqu’au bout », promet il, à une dizaine d’années du coup de sifflet final. Il est comme ça Aina. Et il ne changera pas. Depuis le début de la partie, son plan de jeu n’a pas bougé d’un iota. Fidèle à ses valeurs, autant qu’à son entraîneur, il reste droit sur sa ligne. « Dès le départ, Jean-Marie avait cette vision. Je suis très heureux pour lui et pour tous les employés », savoure ce grand adepte du jeu collectif.

Présent depuis la création de la boîte en 2000, le gardien du temple a vu défiler des milliers d’employés lors des trois décennies écoulées.

Précédent
Précédent

Eddy, plus fort que la machine